Les régimes de retraite avancent prudemment avec l’IA

Le jugement humain reste au cœur des décisions, malgré l’adoption croissante de la technologie.

Une personne utilise un ordinateur portable tandis qu'une interface graphique illustre différentes applications de l'intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle (IA) s’infiltre peu à peu dans les opérations des grands régimes de retraite publics américains, mais leurs promoteurs restent nettement plus réservés lorsqu’il s’agit de l’appliquer aux décisions d’investissement ou à l’administration des régimes.

C’est ce que révèle une étude de la National Conference on Public Employee Retirement Systems (NCPERS), relayée par la publication américaine Chief Investment Officer.

Les résultats montrent que 58 % des promoteurs de régimes à prestations déterminées se disent « optimistes » ou « très optimistes » quant à l’impact de l’IA sur l’administration de leurs régimes au cours de la prochaine décennie.

Malgré cet enthousiasme, 63 % estiment que l’insuffisance de compétences techniques à l’interne pour évaluer ou superviser les outils d’IA constitue le principal obstacle à leur déploiement.

Par ailleurs, 43 % considèrent que les failles de cybersécurité liées aux systèmes d’IA ou à leurs fournisseurs représentent le risque le plus préoccupant.

« Les administrateurs de régimes à prestations déterminées comprennent les enjeux liés à une intégration précipitée de l’IA dans une opération aussi importante », affirme Matt Eckel, directeur de la recherche à la NCPERS. Selon lui, cette réalité explique le rythme mesuré auquel la technologie est implantée.

L’automatisation en tête des priorités

Les usages actuels de l’IA se concentrent principalement sur des fonctions où les risques sont limités et où les résultats peuvent être validés par des employés. Les tâches administratives et l’automatisation arrivent largement en tête : 84 % des organisations les utilisent déjà, les testent ou prévoient de le faire d’ici deux ans. La communication avec les participants et le service à la clientèle suivent de près, à 81 %.

Dans les applications déjà déployées, les services aux participants constituent le domaine le plus avancé, avec un taux d’utilisation de 16 %. En revanche, la détection de la fraude et la cybersécurité représentent le principal chantier à venir : 67 % des répondants envisagent d’y recourir.

Cette approche est logique, estime Matt Eckel. Les fonctions administratives et les communications présentent un niveau de risque relativement faible comparativement à l’utilisation de l’IA pour soutenir les décisions d’investissement.

Le jugement humain demeure incontournable

Même si l’IA gagne du terrain, les administrateurs refusent de lui déléguer les décisions les plus sensibles. Ainsi, 96 % des répondants affirment que le jugement humain demeure le principal moteur des décisions lorsque des outils d’IA sont utilisés. Cette position reflète l’importance accordée aux responsabilités fiduciaires et à la gouvernance.

Matt Eckel souligne que les équipes des fonds de retraite sont conscientes des limites de leurs connaissances et reconnaissent la nécessité de renforcer leurs compétences avant d’intégrer davantage l’IA à leurs opérations. Il note toutefois que plusieurs organisations ont déjà entrepris de former leur personnel et que les premiers signes d’une adoption plus large sont apparus cette année.

Une adoption qui s’accélère

Cette nouvelle étude découle d’un constat fait dans le plus récent sondage annuel de l’organisation, qui révélait une progression marquée de l’utilisation de l’IA dans les fonds de retraite publics en 2026, explique Hank Kim, président-directeur général de la NCPERS.

Les répondants indiquent désormais utiliser l’IA principalement pour :

  • la détection et la prévention de la fraude : 28 % (hausse de 25 points de pourcentage);
  • l’analyse prédictive pour les prévisions actuarielles : 26,8 % (+ 25 points);
  • la modélisation avancée des données afin de repérer des occasions d’investissement : 26,6 % (+ 24 points);
  • la communication avec les participants et le service à la clientèle : 26 % (+ 14 points);
  • l’automatisation des tâches administratives : 25,8 % (+ 15 points).

Pour chacun de ces usages, entre 58 % et 66 % des répondants prévoient accroître le recours à des applications d’IA dans les prochaines années.

Cette prudence ne traduit pas un manque d’intérêt envers l’intelligence artificielle, tempère Hank Kim. Elle correspond plutôt à la culture de gestion des régimes publics, qui privilégient une mise en œuvre graduelle des nouvelles technologies.

Stephen Rosenberg, associé du cabinet Rosenberg & Fiore, partage cette analyse. Selon lui, de nombreux fournisseurs peaufinent encore leurs solutions, et les fonds de retraite préfèrent attendre que les technologies aient fait leurs preuves avant de les adopter. « Tout le monde attend que les autres fassent le premier pas », résume-t-il, estimant que plusieurs organisations sont parfaitement à l’aise à l’idée d’être des adeptes tardifs.

L’étude de la NCPERS repose sur un sondage réalisé auprès de 33 hauts dirigeants de fonds de retraite publics administrant des régimes dont les actifs varient de moins d’un milliard à plus de 50 milliards de dollars. La collecte de données s’est déroulée du 18 mai au 11 juin.