J’ai discuté avec mon collègue Matthew Montemurro, chef des fonds négociés en Bourse (FNB) indiciels d’actions et de titres à revenu fixe chez BMO Gestion mondiale d’actifs, le 26 juin dernier. Matthew s’est joint à BMO en 2009 et a intégré l’équipe de gestion de portefeuille des FNB BMO en 2012, alors que l’émetteur de fonds gérait environ 3 milliards de dollars (G$) d’actifs sous gestion (ASG).
Aujourd’hui, BMO a plus de 190 G$ en ASG (1). Dans cette entrevue, Matthew Montemurro explique les nombreuses dimensions de son rôle à la tête de la plateforme de FNB indiciels d’actions et de titres à revenu fixe de BMO, ainsi que les réalités souvent méconnues de la gestion de portefeuille indicielle. Voici les dix principaux constats tirés de notre discussion.
1) Gérer un FNB indiciel est loin d’être passif
Contrairement à la perception populaire voulant qu’un FNB indiciel soit un produit qui « se gère tout seul », Matthew Montemurro souligne que la réplication d’un indice exige une surveillance quotidienne continue et rigoureuse.
Le marché des actions évolue constamment : les entreprises émettent ou rachètent des actions, certaines sont acquises ou fusionnent, tandis que d’autres procèdent à des scissions. Ces événements doivent être gérés par les équipes de portefeuille en fonction des règles établies par les fournisseurs d’indices.
De plus, les équipes doivent gérer les liquidités, les flux de souscriptions et rachats, ainsi que le réinvestissement des dividendes afin que les portefeuilles reflètent fidèlement les changements apportés à leurs indices de référence. Ces opérations peuvent nécessiter l’achat ou la vente de titres et doivent être exécutées en tenant compte des coûts de transaction et de leur incidence sur le suivi de l’indice.
2) La gestion indicielle implique une série d’acteurs.
Le fournisseur d’indices établit la méthodologie et la composition de l’indice, tandis que le gestionnaire demeure responsable de sa mise en œuvre dans le portefeuille. Autrement dit, l’indice détermine essentiellement la destination, mais l’équipe de gestion doit déterminer comment y arriver efficacement.
Les émetteurs de FNB travaillent également avec les mainteneurs de marché, qui jouent un rôle important dans le bon fonctionnement des FNB. Ceux-ci affichent notamment des cours acheteur et vendeur et facilitent les transactions sur le marché secondaire. Ils peuvent aussi intervenir, avec les courtiers désignés et les participants autorisés, dans le mécanisme de création et de rachat de parts qui contribue à maintenir le prix du FNB près de la valeur de ses actifs sous-jacents.
Enfin, la gestion d’un FNB ne se fait pas en vase clos. Les échanges avec les conseillers et les investisseurs permettent de mieux comprendre leurs besoins, la façon dont ils utilisent les FNB et les difficultés qu’ils rencontrent. Ces informations peuvent notamment alimenter le développement de nouveaux produits ou l’évolution de l’offre existante.
En résumé, l’équipe de Matthew Montemurro concentre ses efforts autour de quatre piliers principaux :
- Gestion de portefeuille et suivi des indices ;
- Opérations de négociation des FNB et relations avec les mainteneurs de marché ;
- Relation avec les clients et les conseillers ;
- Innovation et développement de nouveaux produits.
« Nous sommes intimement impliqués dans l’ensemble de l’écosystème des FNB, du début à la fin », explique-t-il.
3) Tous les indices ne se répliquent pas avec le même degré de complexité.
Matthew Montemurro explique que la gestion indicielle varie considérablement selon les catégories d’actifs.
Du côté des actions, chaque marché possède ses propres règles, réglementations et heures de négociation. Les marchés émergents, par exemple, exigent une compréhension approfondie des dynamiques locales.
Les gestionnaires doivent également composer avec les fuseaux horaires, les jours fériés propres à chaque marché ainsi que les fluctuations des devises, tout en veillant à maintenir une réplication fidèle de l’indice et à limiter les coûts de transaction.
Dans les marchés obligataires, les défis sont encore plus importants. Les obligations se négocient principalement hors cote (over the counter ou OTC), ce qui soulève des enjeux liés à la disponibilité des titres, à la liquidité et aux coûts de transaction.
Les gestionnaires utilisent donc fréquemment une approche d’échantillonnage, détenant un ensemble représentatif d’obligations plutôt que tous les titres composant l’indice.
L’objectif consiste alors à reproduire le plus fidèlement possible les principales caractéristiques de l’indice — notamment sa duration, sa qualité de crédit et ses expositions sectorielles — tout en évitant d’engager des coûts de négociation inutiles sur des obligations peu liquides.
Le but est de bâtir un portefeuille présentant des caractéristiques de risque très similaires à l’indice, tout en recherchant le meilleur équilibre entre la qualité de la réplication, la liquidité et les coûts de transaction.
4) Dans le marché obligataire, la qualité des relations peut faire toute la différence.
Matthew Montemurro et son équipe doivent constamment trouver l’équilibre entre la qualité de la réplication et la liquidité du portefeuille afin d’offrir la meilleure expérience possible aux investisseurs.
Le marché obligataire canadien demeure fortement axé sur les relations. Les gestionnaires de portefeuille travaillent quotidiennement avec les courtiers institutionnels afin d’identifier des occasions de négociation et de se procurer efficacement les titres requis. Cette réalité est particulièrement importante pour des FNB obligataires de grande taille comme le ZAG (FNB indiciel obligations totales canadiennes BMO), dont les volumes quotidiens peuvent atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars.
5) Répliquer un indice n’est pas simple.
Le rééquilibrage constitue une responsabilité essentielle des gestionnaires indiciels.
Les indices boursiers sont généralement rééquilibrés quatre fois par année, tandis que les indices obligataires canadiens évoluent souvent de façon quotidienne.
L’ajout de nouvelles sociétés importantes à un indice ou les changements méthodologiques apportés par les fournisseurs d’indices exigent également une planification minutieuse afin de réduire l’incidence sur les marchés et les coûts de transaction.
Par exemple, lorsqu’un titre est ajouté au S&P/TSX 60 à l’occasion d’un rééquilibrage trimestriel, le gestionnaire doit acheter ce titre et vendre ceux dont la pondération diminue ou qui quittent l’indice, tout en cherchant à minimiser les coûts de transaction et l’impact sur les prix. Cet exercice peut s’avérer particulièrement délicat lorsque de nombreux investisseurs et gestionnaires indiciels effectuent des transactions similaires au même moment.
6) La croissance d’un FNB apporte autant de défis que d’occasions.
Matthew Montemurro souligne que son équipe gère aujourd’hui environ 150 milliards de dollars d’actifs répartis dans près de 168 FNB distincts. (2)
Cette croissance entraîne de nouveaux défis. Lorsque les fonds atteignent plusieurs milliards de dollars d’actifs, l’équipe doit mettre en place des stratégies d’exécution de plus en plus sophistiquées pour minimiser les coûts de transaction et l’impact sur les marchés.
7) La taille peut devenir un véritable avantage concurrentiel.
La croissance procure également des bénéfices importants. Des FNB de grande taille comme le ZSP (FNB indiciel S&P 500 BMO) et le ZAG (FNB indiciel obligations totales canadiennes BMO) profitent d’économies d’échelle qui contribuent à réduire les coûts de transaction, améliorer l’efficacité opérationnelle et maintenir des écarts acheteur-vendeur plus serrés pour les investisseurs.
Une plateforme de plus grande taille permet également de consacrer davantage de ressources aux équipes de négociation et aux infrastructures de marché. Par exemple, lorsqu’un FNB reçoit une importante souscription, les gestionnaires peuvent travailler avec plusieurs contreparties et mainteneurs de marché afin d’acquérir progressivement les titres sous-jacents, en particulier sur le marché obligataire, où certains titres sont moins liquides.
8) Les FNB sont devenus un outil de placement incontournable.
Depuis son arrivée chez BMO, alors que la plateforme gérait environ 3 milliards de dollars d’actifs, Matthew Montemurro a été témoin de la croissance remarquable de l’industrie canadienne des FNB. En date du 30 juin 2026, les FNB canadiens cumulaient un actif sous gestion de 1007 G$ et BMO, de 190 G$. (3)
Il souligne que les FNB sont aujourd’hui utilisés par un éventail beaucoup plus large d’investisseurs et que les volumes de transactions ont connu une croissance exponentielle au fil des années.
9) Le conseil qu’il donnerait à son jeune lui-même.
Matthew Montemurro affirme que le meilleur conseil qu’il donnerait au jeune professionnel qu’il était il y a 15 ans serait de demeurer curieux et de chercher à comprendre l’ensemble de l’écosystème des FNB.
Selon lui, la véritable expertise ne se limite pas à la gestion de portefeuille. Elle découle d’une compréhension complète de la chaîne de valeur : développement des produits, opérations, réglementation, exécution des transactions et expérience des investisseurs.
10) La gestion d’un FNB indiciel est un travail d’équipe parfois complexe.
Derrière chaque FNB se trouve une équipe spécialisée qui travaille chaque jour à optimiser la réplication des indices, la liquidité, l’exécution des transactions et l’expérience globale des investisseurs. L’équipe doit gérer des milliards de dollars d’actifs dans des marchés de plus en plus complexes.
Pour l’investisseur, une bonne gestion indicielle passe souvent inaperçue. Pourtant, c’est lorsque les marchés deviennent plus volatils, que les flux de souscriptions et de rachats augmentent ou que la liquidité se raréfie que le travail des équipes de gestion prend toute son importance. Par exemple, lors des turbulences de mars 2020, les FNB obligataires ont continué d’offrir de la liquidité et un mécanisme de découverte des prix alors que plusieurs obligations sous-jacentes s’échangeaient difficilement, illustrant le rôle essentiel des gestionnaires, des mainteneurs de marché et des participants autorisés dans le bon fonctionnement de l’écosystème des FNB.
1: Source : NBF Canadian ETF Flows ETF Research & Strategy | July 3, 2026
2: Source BMO Gestion mondiale d’actif 30 juin 2026
3 : Source NBF Canadian ETF Flows ETF Research & Strategy | July 3, 2026
Matt Montemurro est actuellement chef, FINB de titres à revenu fixe et d’actions. Dans le cadre de ses fonctions, lui et son équipe sont responsables de tous les mandats liés au suivi des indices gérés par BMO Gestion mondiale d’actifs, tant pour les actions que pour les titres à revenu fixe. M. Montemurro s’est joint à BMO en 2009 et à l’équipe Gestion du portefeuille FNB en 2012. Avant d’assumer ces fonctions élargies, il se spécialisait dans les titres à revenu fixe, dirigeant l’équipe Gestion de portefeuilles de titres à revenu fixe et agissant à titre de gestionnaire de portefeuille et de cambiste, responsable de tous les segments du marché de titres à revenu fixe, tant au Canada qu’à l’étranger. M. Montemurro compte plus de seize ans d’expérience dans le secteur en gestion et en négociation d’obligations fédérales, provinciales, de sociétés et à rendement réel du Canada, d’obligations du Trésor et de sociétés des États-Unis (à la fois des obligations de catégorie investissement et à haut rendement [obligations au comptant et CDX]), ainsi que de titres de créance des marchés émergents. Il a passé toute sa carrière à BMO, depuis 2009. M. Montemurro est titulaire d’un baccalauréat spécialisé en administration des affaires (HBA) et d’un MBA de la Richard Ivey School of Business de l’Université Western Ontario. Il détient aussi le titre de CFA.